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- Maou ?Souris sort de sa léthargie.- Maou ?!Il redresse sa minuscule tête et tourne ses oreilles vers la direction présumée du miaulement inattendu.- Maou !!! Alors ! T'attends quoi le nain ?Le monstre doré est sur le bord de la fenêtre. Souris enfonce sa tête dans le coussin.- C'est que moi, t'inquièt'pas mon pote. Dis donc ! C'est l'grand luxe !En un bond, il est au milieu du salon.- Tu peux pas rester, couine Souris les moustaches hérissées. Elle est avec son maître, elle va redescendre !- T'es un anxieux toi ! Mais ça va te passer. T'es prêt p'tit ?- Pourquoi faire ?...Souris ouvre tout grand ses tout petits yeux, ce qui lui donne aussitôt l'air d'un gremlin avant la douche de minuit. Se rappelant avec amertume une dure journée avec les enfants de la voisine, où il a passé la journée enfermée dans une boite à chaussures "pour pas qu'il se transforme en horrible monstre", il les referme aussitôt, prenant ainsi un air rusé qui ne lui va pas, mais pas du tout. - J'veux t'présenter mon pot', le chat du cur'ton sur la sixième. Il est comme toi et moi, en plus l'a étudié la bible avec son maître. J'suis sûr qu'il va te filer de bons tuyaux. Dis donc, t'aurais pas un peu de lait ?- Je croyais que tu détestais ça ?- Y a qu'les imbéciles qui changent pas d'avis. T'en as ou pas ?- Non.- Tant pis. Bon, c'est qu'j'ai pas qu'ça à faire. Tu viens ?- Tout de suite ? s'angoisse Souris.- T'attends le déluge ? Tu sais, d'après Schnouff, c'est son surnom, en fait il s'appelle Mistou, mais ça faisait pas terrible sur la sixième, c'est pas le genre si tu vois ce que je veux dire... Non, hein ? Tu vois rien, hein ? Dis-moi le nain, que connais-tu du monde en dehors de tes quatre murs ?- La maison d'à côté, s'empresse d'énumérer Souris, s'arrêtant aussitôt par défaut d'autres espaces qui signifieraient quelque chose à un si gros chat habitué de la rue.- Ho !... Et à part ça ?Seul le silence lui répond.- T'as jamais eu envie de voir au bout de tes moustaches ? Il ne lui laisse pas le temps de répondre. Tu ne t'es jamais senti seul, chaton qui parle ?- Je ne suis pas un chaton ! le corrige Souris avec véhémence.- D'accord mon vieux ! le calme le monstre en rigolant tendrement. D'accord, t'es pas un chaton. Mais réponds à ma question : ne t'es-tu jamais senti seul avec toutes tes pensées dans un monde où tous les chats sont gris ?- La nuit simplement.- Ben en plus M'sieur a de l'humour ! C'est y quoi ton p'tit nom le na... mon pot' ?- ... Souris ?Le monstre ouvre des yeux comme des soucoupes et part dans un fou rire, les quatre pattes en l'air en se tenant les côtes.Souris plisse son museau de l'air le plus mauvais qu'il connaisse :- C'est pas marrant.- ... Attends ! J'arrive plus à respirer !!!... Ouuu !... Dieu du ciel !... Ouf... Bon. Oui. Souris... Il repart dans un éclat de rire des plus vexants. Souris ne sait plus où se mettre et maudit sa maîtresse. Il savait qu'il devait se trouver un autre nom avant de s'en aller. Et terminer sa valise qui n'est même pas prête.- C'est loin ?- Quoi ?- Schlouff ! râle Souris.- Non, non, tu seras rentré ce soir. Tu m'as bien fait rire. Bon. Lui c'est Schnouff, avec un n, tu comprendras, et moi c'est Poussy.- Comme tous les chats de gouttière, lâche péjorativement Souris sans pouvoir se retenir.Un grondement sourd lui répond aussitôt.- M'sieur d'la haute aurait-il des préjugés ?... - Non ! Souris est terrorisé. - Je sens que ça va t'faire du bien de voir le monde. Bon, t'es prêt ?Souris saute du sofa, Poussy l'attend sur le bord de la fenêtre. Il regarde sa maison comme si c'était le dernière fois. Son sofa où il a passé tant de journées à observer les humains se déchirer à tout propos, et rire, et peindre, et écrire ces si jolis livres qu'il a dévoré en regrettant amèrement sa condition féline qui l'empêche de leur révéler sa conscience. Près du caoutchouc traîne le tapis pour ses griffes. Au bas de l'escalier, les escarpins que sa maîtresse a enlevés avant de monter à toute vitesse avec un nouveau maître qui ne lui a pas plu. Poussy attend, sagement, sans le brusquer. Il sait combien le monde est grand quand on n'a jamais connu de lui qu'une toute petite maison, dans un tout petit quartier... Souris pousse un gros soupir. 'Il est temps, il est l'heure", se répète-t-il en boucle, "et puis, je reviens ce soir". Il saute sur le bord de la fenêtre, juste à côté de Poussy, qui lui fait une léchouille entre les deux oreilles avant de bondir pour lui ouvrir la route.